Rwanda – Royaume-Uni : rupture d'un accord migratoire et tensions géopolitiques sur fond de crise à l'Est de la RDC


Rwanda – Royaume-Uni : rupture d'un accord migratoire et tensions géopolitiques sur fond de crise à l'Est de la RDC
Le Rwanda a annoncé son intention d'engager des poursuites judiciaires contre le Royaume-Uni à la suite de la suspension des paiements liée à un accord migratoire signé entre les deux pays. Cet accord, conclu sous le gouvernement britannique dirigé par Boris Johnson, prévoyait l'accueil au Rwanda des migrants déboutés du droit d'asile au Royaume-Uni, en échange d'un soutien financier conséquent de Londres.
Avec l'arrivée au pouvoir du nouveau Premier ministre britannique, l'accord a été jugé politiquement et juridiquement inacceptable. Le gouvernement actuel a décidé d'y mettre fin et de suspendre les versements financiers restants, estimant que le dispositif ne respectait ni les principes du droit d'asile ni les engagements internationaux du Royaume-Uni. Cette décision a provoqué une vive réaction de Kigali, qui considère cette suspension comme une rupture unilatérale d'un engagement bilatéral légalement établi.
Du point de vue rwandais, l'accord migratoire constitue un partenariat stratégique, tant sur le plan économique que diplomatique. Kigali affirme avoir honoré sa partie des engagements, notamment en mettant en place des infrastructures et des mécanismes d'accueil pour les migrants concernés. La suspension des paiements est donc perçue comme une injustice et un manque de respect des obligations contractuelles, justifiant selon les autorités rwandaises le recours à la justice internationale.
Au-delà de l'aspect financier, cette affaire révèle une dégradation plus large des relations entre les deux pays. Le Rwanda, longtemps présenté comme un partenaire stable et fiable par certains États occidentaux, se retrouve aujourd'hui au cœur de critiques croissantes liées à sa politique régionale, en particulier en Afrique centrale. Le contentieux entre Kigali et Londres s'inscrit dans un contexte régional tendu, marqué par la persistance du conflit armé à l'est de la République démocratique du Congo. Le groupe rebelle M23, actif dans cette région, est au centre des préoccupations internationales en raison de ses avancées militaires et des déplacements massifs de populations civiles.
Plusieurs pays et organisations internationales accusent le Rwanda d'apporter un soutien politique, logistique ou militaire au M23. Kigali rejette fermement ces accusations, affirmant qu'il s'agit d'une manipulation politique visant à détourner l'attention des faiblesses structurelles de l'État congolais en matière de sécurité. Néanmoins, ces soupçons ont contribué à détériorer les relations du Rwanda avec certains de ses partenaires traditionnels, dont le Royaume-Uni.
Pour Londres, la poursuite de la coopération financière avec Kigali devenait difficile à justifier dans un contexte où le Rwanda est régulièrement cité dans des rapports internationaux évoquant son rôle présumé dans le conflit congolais. La suspension de l'accord migratoire apparaît ainsi non seulement comme une décision de politique intérieure, mais aussi comme un signal diplomatique fort.
En sélectionnant la voie judiciaire, le Rwanda cherche à défendre son image d'État respectueux des accords internationaux et à montrer qu'il n'accepte pas ce qu'il considère comme un traitement inéquitable. Cette démarche s'inscrit également dans une stratégie plus large visant à contester les pressions diplomatiques croissantes exercées à son rencontre en lien avec la situation sécuritaire régionale. De son côté, le Royaume-Uni affirme vouloir tourner la page d'un accord devenu politiquement sensible et juridiquement contesté, tout en réaffirmant son engagement en faveur du respect du droit international et de la stabilité régionale.
L'issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions importantes, non seulement sur les relations entre Kigali et Londres, mais aussi sur la manière dont les accords migratoires externalisés sont perçus et négociés à l'avenir. Elle met également en lumière l'interconnexion entre les enjeux migratoires, les conflits armés régionaux et les rapports de force diplomatiques. Dans un contexte où la crise à l'est de la RDC demeure non résolue et où les accusations de soutien aux groupes armés continuent d'alimenter les tensions, le différend entre le Rwanda et le Royaume-Uni illustre les limites d'une coopération internationale fragilisée par les réalités géopolitiques.
William Tshisekedi Rédacteur MAG-INFO.CH